A propos de l’oeuvre
L’auteur
Jon Fosse
Né en 1959 en Norvège, Jon Fosse est écrivain, poète et dramaturge. Son œuvre, écrite en nynorsk, traverse le théâtre, le roman, la poésie et la littérature jeunesse. Figure majeure de la littérature contemporaine, il est l’un des dramaturges les plus joués au monde.
Son écriture, caractérisée par une grande simplicité de langage, explore notamment l’incertitude, la solitude, le temps, la présence et les questions existentielles. En 2023, il reçoit le prix Nobel de littérature pour une œuvre qui, selon l’Académie suédoise, « donne une voix à l’indicible ».
La compagnie
Emilie-Anna Maillet
Dirigée par l’autrice et metteuse en scène Émilie-Anna Maillet, la compagnie Ex Voto à la lune développe depuis 2000 un théâtre physique et visuel à la croisée des arts vivants et numériques.
Avec des projets comme KANT – transmédia pour la jeunesse et TO LIKE OR NOT, la compagnie explore de nouvelles formes de narration qui prolongent l’expérience du spectacle à travers des dispositifs immersifs et participatifs. La création et la transmission sont au cœur de sa démarche, notamment à travers des ateliers artistiques et numériques menés auprès des jeunes.
Soutenue par le ministère de la Culture – DRAC Île-de-France et la Région Île-de-France, Émilie-Anna Maillet est artiste associée à la MC2 : Grenoble, depuis 2021 où elle développe le projet « Expérience augmentée du spectacle vivant », soutenu par France 2030.
L’équipe de création
Mise en scène, conception, dramaturgie et scénographie :
Émilie-Anna MAILLET | Co-conception transmédia : Judith GUEZ
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PARCOURS IMMERSIF :
Dramaturgie : Léa CARTON DE GRAMMONT, Clarisse SELLIER et Clotilde EVRARD
Création et développement pour La Chambre de Kristoffer : Guillaume BERTINET et Innerspace VR
Création plastique du Labyrinthe cosmogonique : Paatrice MARCHAND
Création et développement RA du Labyrinthe cosmogonique et plateforme numérique : Rémi ENGEL
Motion design des contenus de la bibliothèque numérique : Clotilde EVRARD
Actrice Motion capture pour la réalité augmentée : Camille BERNON
Scénographie de La Chambre de Kristoffer : Céline DIEZ & Émilie Anna Maillet
Conseiller pédagogique : Benoît LABOURDETTE
Conseiller cosmogonique & scientifique : Guillaume DUPRAT
Dossier pédagogique - Roxana CARRARA , Fleur SULMONT et Émilie-Anna MAILLET
Site pédagogique : Adrien CORNELISSEN, Roxana CARRARA et Émilie-Anna MAILLET
Médiateur.ice : Melik DRIDI ou Fleur SULMONT
SPECTACLEAssistant à la mise en scène : Tom LEJARS
Avec : Valentine ALAQUI
Création, régie lumière et générale : Laurent BEUCHER
Création vidéo : Maxime LETHELIER, Camille COTINEAU, Claudio CAVALLARI,
Animation 3D - spectacle : Adrien GENTILS, Joseph SAJOUS, Raphaël DE PARIS, Théo RAMBUR
Régie vidéo : Camille COTINEAU ou Léo MONDON
Régie son : Hippolyte LEBLANC ou Martin GUESNEY
Régie plateau : Lucile GUILBERT-DUMONT, Léo MONDON et Alexis MARINOV
KANT - extraits
Jon Fosse - 1990
Texte français Terje Sinding
Je m’appelle Kristoffer.
Je m’appelle Kristoffer.
J’ai huit ans et je suis au cours élémentaire.
Le soir quand je suis couché je reste souvent éveillé et je pense. Quand je ne pense pas je lis souvent Mickey.
Maintenant je suis dans mon lit et je pense.
...
Je m’appelle Kristoffer, et j’ai huit ans.
Tout à l’heure je pensais à l’univers.
L’univers, c’est quelque chose que je n’arrive pas à comprendre.
Je n’arrive pas à comprendre comment il peut être infini, car tout a une fin, tout a un bord, à un endroit ou à un autre.
Mais si l’univers a une fin, qu’est-ce qu’il y a après l’endroit où il finit ?
Peut-être rien, mais qu’est- ce que c’est, rien? Car rien ne peut être rien, tout de même? Je ne comprends pas, et je pense tout le temps à l’univers.
Je suis au cours élémentaire, et je n’aime pas les choses que je n’arrive pas à comprendre. Ça me fait peur. J’ai envie d’appeler mon père pour qu’on puisse parler de l’univers. Mais il va sûrement me dire qu’il faut que je dorme. Et s’il ne dit pas ça, il va sûrement me dire qu’il y a beaucoup de choses qu’on n’arrive pas à comprendre.
Je pense souvent à l’univers.
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S’il a une fin, ce n’est pas possible, et s’il n’a pas de fin, ce n’est pas possible non plus. Ça me fait peur quand je pense à l’univers. Ce n’est pas possible que l’univers continue à l’infini, et ce n’est pas possible non plus qu’il ait une fin. Les deux sont possibles, et ni l’un ni l’autre n’est possible. Et alors il y a beaucoup de choses qui sont possibles.
Je pense souvent qu’il y a un géant là-bas dans l’univers. Il est si gros que personne ne voit qu’il est là, personne ne sait que le géant est là. Mais le géant est là tout le temps. Et le géant dort, et le géant rêve. Et moi j’existe seulement dans le rêve du géant. Ça, je le pense souvent, et ça me fait peur.
Quand je pense que j’existe seulement dans le rêve du géant, je me pince le bras jusqu’à ce que j’aie mal.
Mais peut-être que ça aussi je le rêve, peut-être que je rêve que je me pince le bras et que j’ai mal....
Soit il y a un bord là-bas, et alors l’univers finit après ce bord, mais alors qu’est-ce qu’il y a après l’endroit où ça finit ? Soit il n’y a pas de bord, et alors il continue à l’infini, mais ce n’est pas possible que ça continue comme ça.
...
Moi aussi j’ai beaucoup pensé à ça, dit mon père.
Et maintenant tu n’y penses plus ? dis-je.
Plus beaucoup. De toute façon on ne peut pas comprendre. Moi non plus je ne comprends pas. Il y a beaucoup de choses qu’on ne comprend pas. Mais je crois que j’ai compris pourquoi je ne comprends rien à l’univers. C’est parce que nous, les humains, nous avons une certaine manière de penser, et nous ne pouvons pas tout comprendre avec notre manière de penser. C’est parce que nous sommes des humains que nous ne comprenons pas, à mon avis. Et j’ai lu des livres d’un homme qui s’appelle Kant, et après les avoir lus j’ai un peu mieux compris pourquoi je n’arrivais pas à tout comprendre
Je regarde mon père, et je me dis que lui aussi est dans le rêve que fait le géant. Seulement il ne le sait pas. Peut-être qu’il y est, mais qu’il n’arrive pas à le comprendre. C’est bien possible que ce soit comme ça. Je me dis qu’il faut que je parle du géant à mon père.
...
Si c’est vrai qu’on ne peut pas savoir si l’univers a une fin, ou s’il continue, si les deux sont possibles, alors il y a beaucoup de choses qui sont possibles.
Tu es un garçon intelligent, toi, dit mon père. S’il y a beaucoup de choses qui sont possibles, dis-je, alors il est possible aussi qu’il y ait un géant là-bas dans l’univers, un géant si gros que personne ne peut le voir.Mon père me regarde, il fait oui de la tête.
Et alors, dis-je, alors il se pourrait que j’existe seulement dans le rêve de ce géant. Que je sois quelque chose que le géant aurait rêvé.Peut-être, dit mon père
C’est ce géant qui me fait peur. Je pense à ce qui pourrait arriver si le géant se réveillait.Ce ne serait peut-être pas trop grave, dit mon père, mais je vois bien à ses yeux qu’il pense que ce serait quand même assez grave. Mais alors mon père sourit.
Tu es là, et moi aussi je suis là, dit-il. Demain tu vas aller à l’école, et quand tu rentreras je serai là.
Quand tu rentreras nous irons faire des courses puis nous nous préparerons un bon petit dîner. Pas vrai ?
Nous sommes là, toi et moi, pas vrai ? C’est ça l’important. Même si en réalité nous sommes dans le rêve de ce géant dont tu parles, ce n’est peut-être pas si important. Ça nous est égal, tant que nous sommes là.
...
Quand je serai grand je pourrai lire des choses sur l’univers, sur ce que nous pouvons comprendre et ne pas comprendre, dit mon père.
…
Mon père dit qu’en effet ça fait peur de penser, mais si on le fait souvent et longtemps, alors ça ne fait plus peur. Alors ça rassure même, de penser. Ça, il s’en est aperçu, dit mon père.
Je fais oui de la tête.
...
Je demande à mon papa d’ouvrir la porte un peu plus, et il le fait. Je me dis que mon père lui aussi est peut-être dans le rêve du géant. Peut-être que ce n’est pas trop grave si nous sommes tous les deux dans le rêve, me dis-je. Au fond ça ne change rien.
Mais si jamais le géant se réveillait ? Qu’est-ce qu’on deviendrait alors ? On ne disparaîtrait pas complètement, tout de même ? Ça, ce n’est pas possible, tout de même ? Ça doit être comme l’univers, me dis-je. On va devenir rien, et ça, ce n’est pas possible.
Rien, c’est impossible.
....
Kant, ça veut dire bord en norvégien. Drôle de nom. Kant.